Jennifer Corjon : de médecine au médico-social

Rencontre avec Jennifer Corjon. Après deux années en fac de médecine, elle s’est réorientée vers la neuropsychologie. Major de promo à l’université Paris 5, elle va peu à peu quitter le médical pour tendre vers le médico-social. En 2011, elle a rejoint l’association Delta 7, qui innove en faveur de l’autonomie des personnes âgées et des personnes atteintes de troubles cognitifs, tout en aidant les aidants. Puis, dix ans plus tard, elle en a récupéré la direction générale. Retour sur un parcours sans faute, qui conduit aujourd’hui Jennifer Corjon à mener un partenariat avec l’UDSM pour proposer des solutions de répit aux aidants.


© Olivier Coulange

« J’ai toujours voulu prendre soin des autres », confie Jennifer Corjon. Une sorte de vocation. Petite fille, cette originaire de Nantes se voyait devenir pharmacienne, kiné, orthophoniste ou… médecin. Son bac scientifique en poche, elle va quitter le lycée Nicolas Appert d’Orvault pour intégrer la fac de médecine de Nantes. Studieuse, bûcheuse, elle réussit le concours et se hisse en 2e année. L’élan est pris. À une nuance près : « Je voulais devenir neurologue et rien d’autre… » Sauf qu’avec la réforme du concours de l’internat devenu national, les places sont chères pour décrocher cette spécialité. « Je ne me sentais plus à ma place », se souvient Jennifer Corjon. Elle parle d’une « grosse remise en question » et de séances au centre d’information et d’orientation « en cachette ». Elle veut changer de voie, pour « être certaine d’exercer un métier passion ». Faute de neurologie, elle opte pour la neuropsychologie. Elle abandonne donc médecine en 2e année et s’inscrit en psycho à Nantes. « Cela m’a plu tout de suite », raconte-t-elle. Puis, pour sa licence et son master de neuropsycho, elle va poursuivre son cursus à l’université Paris 5, dont elle sortira major de promo. « J’ai toujours suivi mon instinct et je le suis encore. Le ressenti me guide dans mes décisions », reconnaît Jennifer Corjon. Si bien qu’elle va s’y fier aussi pour ses choix de stages et de postes dans les hôpitaux parisiens : Sainte-Anne « pour la psychiatrie », Henri Mondor, Albert-Chenevier et, enfin, Rothschild « pour la gériatrie ».

« Ne jamais oublier la réalité du terrain »

« Dans les hôpitaux, nous faisions beaucoup de diagnostics. Or, je souhaitais pouvoir accompagner plus longtemps les patients. » D’où l’envie de Jennifer Corjon de quitter le médical pour tendre vers le médico-social. En 2011, elle rejoint l’association Delta 7, qui innove en faveur de l’autonomie des personnes âgées et des personnes atteintes de troubles cognitifs, tout en aidant les aidants. Fondée en 1973, l’association a notamment mis au point la téléalarme en France… « Mon premier poste, au sein de Delta 7, a été celui de neuropsychologue dans un centre d’accueil de jour du XVIIe arrondissement de Paris », détaille Jennifer Corjon. Une mission où elle apporte une expertise, transmet une pratique, cultive l’esprit d’équipe. En 2015, congé de maternité oblige, elle prend un peu de recul. « Je me suis interrogée sur la suite que je voulais donner à mon parcours », explique-t-elle. Mais, au même moment, la direction générale de Delta 7 lui propose de chapeauter le centre d’accueil de jour où elle travaille. Jennifer Corjon accepte, motivée à l’idée de s’impliquer dans la réorganisation d’une structure et stimulée par le master en « Management des établissements de santé » qu’elle prépare en parallèle à l’IAE Paris-Est. « Le tout, souligne-t-elle, sans jamais oublier la réalité du terrain. »

Créativité et agilité

« Chacun de mes congés de maternité correspond à une évolution professionnelle », s’amuse à observer Jennifer Corjon. À la naissance de son second enfant, Delta 7 lui confie la direction du pôle prévention de l’association. Une nouvelle mission comme un nouveau départ : « J’ai beaucoup appris, car la prévention relève d’une autre logique et d’une autre façon de penser, avec une créativité quotidienne, doublée d’une capacité constante d’adaptation. Le tout ciblé vers l’humain. » Autrement dit : aucune journée ne se ressemble. Jennifer Corjon doit faire preuve d’agilité, « tel un équilibriste ». Y compris durant le Covid et ses confinements, où elle se retrouve aux côtés de son compagnon, expatrié à Mexico. « Je dirigeais le pôle prévention à distance. » Une prouesse qui va durer deux années. Puis, durant l’été 2021, le président de Delta 7 lui demande de remplacer le directeur général de l’association, alors sur le départ. Elle va accepter. Et pour cause : « Au sein de Delta 7, tout colle à mes valeurs et à ma vision du médico-social, qui oblige à rester humble et au plus près du terrain. » C’est donc Jennifer Corjon, désormais, qui donne le cap à suivre et la vision stratégique à adopter « pour répondre aux attentes du terrain, tout en allant chercher des financements ». Elle a sous sa responsabilité quelque 70 personnes et supervise 5 établissements, un pôle prévention et 5 plateformes d’accompagnement d’aidants. D’où ses journées parfois à rallonge. « Et ce d’autant que les contraintes administratives sont de plus en plus lourdes. »

Un partenariat avec l’UDSM pour proposer des solutions de répit aux aidants

Avec près d’un million de Franciliens – soit plus de 8% de la population francilienne (1) – qui déclarent apporter une aide à la vie quotidienne d’un proche – en raison d’un handicap ou de l’avancée en âge de ce proche –, l’Agence régionale de santé (ARS) Île-de-France se mobilise en faveur des aidants. Sa feuille de route « Agir pour les aidants 2024-2028 » vise à prévenir l’épuisement des familles et mailler le territoire francilien de solutions de relai et de répit. Pour porter la plateforme d’accompagnement des aidants – dont le proche est en situation de handicap – du Val-de-Marne, l’ARS a sollicité Delta 7 en 2025, qui elle-même s’est rapprochée de l’Union pour la défense de la santé mentale (UDSM), implantée dans le département. « Ce partenariat avec l’UDSM était une évidence, car nous partageons des valeurs identiques, à commencer par une même volonté d’être dans le concret. Par ailleurs, chaque association apporte son expertise : Delta 7, celle de l’aide aux aidants ; l’UDSM, celle du champ du handicap. Or, ce n’est pas si fréquent, dans notre univers habituellement très cloisonné, d’œuvrer main dans la main avec des professionnels complémentaires des nôtres », explique Jennifer Corjon. Une première série d’actions – orientation sociale, soutien psychologique, formation… –, va voir le jour dès 2026. « À terme, nous souhaitons développer une offre de répit pour tous les aidants du Val-de-Marne », complète la directrice générale de Delta 7. Elle parle de « co-construction, avec l’UDSM, d’une offre pour permettre aux aidants de partir en week-end ou en vacances, de profiter de moments de détente, de bien-être… ». Quant à ses « moments de détente » à elle, Jennifer Corjon les passe en famille, à voyager, à découvrir les talents culinaires de quelques chefs, mais aussi à s’échapper du côté des Sables-d’Olonne. Son mot d’ordre : « Quand on exerce un métier à responsabilités, il faut savoir couper et se ressourcer lorsque c’est utile. »

Source : « Études et résultats » n°1255 de la DREES – février 2023