L’appel du large

Il a le pied marin. Avec une mère originaire de la presqu’île du Cotentin et un père vendéen, Bertrand Boré a grandi avec le vent et les embruns jamais bien loin. D’ailleurs, il pratique la planche à voile depuis ses 12 ans. Quant à la voile, son initiation remonte aux sorties en mer avec son père, l’été, durant les vacances scolaires. Il n’en fera toutefois pas son métier. Son bac en poche, il va intégrer une école de commerce – l’ESCP -, puis enchaîner conseil en stratégie, fusion-acquisition, une douzaine d’années dans les assurances – où il découvre le secteur de la prévoyance santé –, avant de redresser une société de gestion de patrimoine. La suite : à l’orée des années 2010, il croise la route de la famille Mulliez, où il rencontre « des entrepreneurs dans l’âme » comme lui et apprécie « une sensibilité pour l’humain » proche de la sienne. Depuis, il exerce différents mandats dans cet éco système et dirige, depuis fin 2023, la société d’investissement et de développement Creadev, engagée dans les secteurs de l’alimentaire, du climat et de la santé. Signe particulier : parallèlement à ses défis entrepreneuriaux, ce fils de banquier a suivi une formation à la psychothérapie en analyse transactionnelle. L’occasion de découvrir les travaux du psychiatre américain Éric Berne (1910-1970), fondateur de cette approche thérapeutique très développée aux États-Unis. « Cela m’a aidé dans mes activités de dirigeant, notamment pour mieux comprendre et interagir avec mes interlocuteurs », confie Bertrand Boré, « le psycho-praticien qui ne pratique pas », comme il aime le rappeler.
Endurance face aux éléments et esprit d’équipe
En 2019, Bertrand Boré a de nouveau envie de naviguer. « Je rêvais de course au large. » Son objectif : traverser l’Atlantique. Il s’offre alors un voilier de 9,60 mètres, s’inscrit à la Transquadra 2021-2022 avec un coéquipier – psychiatre de profession – et relie Lorient à Madère en une semaine, puis Madère à la Martinique en 18 jours. Il retrouve toutes les sensations de l’appel du large. À savoir : la communion avec la nature, l’endurance et la performance face aux éléments, l’esprit d’équipe, l’entraide… C’est ce qu’il recherche à nouveau cette année en participant à la 3e édition de la course transatlantique Cap Martinique, avec Éric Chalaux, passionné de voile et jeune retraité. Ensemble, le 19 avril 2026, ils vont embarquer à bord du VaelMora, le voilier de Bertrand Boré, puis quitter le port de La Trinité-sur-Mer en direction de Fort-de-France. Soit quelque 3 800 miles nautiques – environ 7 000 kilomètres -, sans escale, entre l’Europe et les Antilles, avec une grand-voile hissée gracieusement aux couleurs de l’Union pour la défense de la santé mentale (UDSM). Cette course, réservée aux amateurs, compte une soixantaine de bateaux inscrits, dont chaque équipage soutient une cause sociétale ou environnementale. Pourquoi le duo Bertrand Boré-Éric Chalaux a-t-il choisi l’UDSM ? « Nous sommes sensibles aux enjeux liés à la santé mentale, mais aussi à la cause défendue par l’association et au travail mené au sein de tous les établissements qu’elle gère », expliquent-ils. Une mobilisation également à titre personnel de la part de Bertrand Boré, engagé dans la prévention contre l’anorexie : « Nous vivons dans une société très anxiogène, qui abîme parfois nos jeunes. Quant aux réseaux sociaux et autre toute-puissance de l’image, ils ne font qu’ajouter de la pression supplémentaire… » Il va même jusqu’à établir un parallèle entre une traversée en mer et une cure de désintoxication : « On est seul face aux éléments comme on est seul face à une addiction. »
Préparation physique, ravitaillement et romans « sans prise de tête »…
À 53 ans, Bertrand Boré a prévu une préparation physique et mentale, avant de larguer les amarres. Au programme : taekwondo deux fois par semaine, natation, initiation aux techniques d’endormissement, séances de coaching – avec le navigateur Éric Bellion, 9ᵉ du Vendée Globe 2016-2017 – pour réussir et maintenir une bonne cohabitation à bord… « Il va falloir rester dans une même dynamique durant une vingtaine de jours », souligne-t-il. Or, le passage du golfe de Gascogne peut être sportif et les coups de vent des Antilles peuvent flirter avec les 80 km/h… D’où une préparation technique minutieuse du bateau. De la gestion de l’énergie – notamment grâce à un hydrogénérateur et des panneaux solaires – à la fiabilité du pilote automatique – « notre troisième homme ! » -, rien n’est laissé au hasard. Avec des séances d’entraînement sur l’eau chaque week-end du mois de mars, entre La Rochelle et l’Ile d’Yeu, ses terres. À cela s’ajoute une révision des gestes de premiers secours, des épreuves de survie en cas de chavirement ou d’incendie, ainsi que la mise au point – avec l’aide d’une nutritionniste – du ravitaillement à prévoir à bord. Bertrand Boré parle de 3 litres d’eau par jour et par personne, mais aussi de fruits, légumes, féculents, conserves… Sans oublier le chocolat « pour le réconfort » ou encore la compote des bébés « pour tenir durant les navigations de nuit ». Enfin, côté lecture ? « Que des romans sans prise de tête ! »
« La mer nettoie les âmes »
« Au bureau, j’avais prévenu, bien en amont, que je risquais de m’absenter le temps d’une transatlantique », explique Bertrand Boré. Résultat : une fois à bord du VaelMora, il se connectera avec son équipe, pour traiter les urgences, « seulement une à deux fois par semaine via le système satellite Starlink ». Il utilisera la même technologie pour échanger régulièrement avec les jeunes et les adultes de l’UDSM. Bertrand Boré compare cette traversée à la voile à « une aventure humaine », qui fait écho aux engagements de chacun au sein de l’association. « Durant la course, il faudra se lever tôt, travailler en équipe, gérer la fatigue, ses peurs et ses déceptions », détaille-t-il. Malgré cela, il garde en tête la maxime de son prof de taekwondo : « La mer nettoie les âmes. »