Le combat d’un père face à la dépression de sa fille
L’illustrateur Mathieu Persan vient de sortir son premier roman graphique. Intitulé « Le Passage » (éditions Hachette), cet ouvrage raconte la dépression d’une adolescente et la détresse d’un père. L’ado qui n’en peut plus de vivre, c’est sa fille et le parent désarmé, c’est lui. Rencontre avec le narrateur et dessinateur de ce livre engagé, dont les droits d’auteur se destinent à des associations qui œuvrent en faveur de la santé mentale des jeunes.

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« Si j’ai choisi de raconter cette histoire, c’est pour rendre visible la réalité de la santé mentale des jeunes. Face aux chiffres qui s’accumulent et témoignent chaque jour d’une tragique explosion du mal-être de nos enfants, j’ai voulu leur rendre hommage, tenter de leur redonner une existence que la dépression leur a prise. J’ai souhaité ne plus les réduire à des statistiques alarmantes – exemple : en 2021-2022, les hospitalisations en psychiatrie ont augmenté de 246% chez les filles de 10-14 ans, selon le ministère de la Santé –, mais raconter leur réalité. Notre réalité. Celle de la maladie, de l’hôpital, des moyens si faibles face à une détresse si grande… » L’illustrateur Mathieu Persan résume ainsi ce qui l’a poussé à réaliser son premier roman graphique, en noir et blanc, intitulé « Le Passage » (éditions Hachette) et consacré à l’épisode dépressif que sa fille de 15 ans a traversé. « J’avais envie de le raconter pour aider les parents, les enfants, les soignants, qui ne parlent pas toujours le même langage face à la maladie », confie-t-il. Installé dans son atelier du 11e arrondissement de Paris, entre des piles de livres, une guitare, des dessins… il insiste sur l’importance d’être « entendu et compris » notamment face aux médecins. « J’ai pu observer deux façons de pratiquer la psychiatrie : une première, très pratique, proche de la médecine générale ; une autre ponctuée de discours vaporeux qui n’aident ni les parents, ni l’enfant », explique-t-il. Or, face à la dépression d’un jeune, que l’on met parfois longtemps à diagnostiquer, « on a besoin d’être rassuré, de ne plus se sentir seul ».
« La difficulté de rassurer des enfants dans une société anxiogène »
« Aujourd’hui, nous devons élever les adolescents dans un monde que nous n’avons pas connu et dans lequel nous n’avons pas de repères. Or, ne pas savoir, ce n’est pas sécurisant », reprend Mathieu Persan. Il évoque également « la difficulté de rassurer des enfants dans une société anxiogène, où les réseaux sociaux mettent une pression insupportable, Parcoursup est angoissant, les emplois du temps sont surchargés et les exigences de plus en plus grandes, alors que l’on répète chaque année que le bac ne vaut plus rien… » Un contexte propice aux coups de blues des jeunes. « Texte et illustration, cela s’imposait pour mon livre, car non seulement je m’approchais ainsi de la parole de ma fille, mais cela rendait aussi la lecture moins linéaire, plus facile », détaille encore Mathieu Persan. Pari réussi. Un lecteur médecin lui a confié que « Le Passage » était « plus efficace qu’un traité de psychiatrie ! »
« J’avais envie de faire un livre utile »
De ses moments passés au contact des soignants, Mathieu Persan retient aussi « le cruel manque de moyens ». Lorsque sa fille était hospitalisée, il se souvient d’un atelier de cuisine sans livres de recettes, de canapés troués, de fenêtres qui ne fermaient plus, de douches prises avec une bouteille d’eau… Autres dysfonctionnements qu’il pointe du doigt : « Le remboursement des séances de psy pour les enfants, ains que le suivi des jeunes âgés de 18 ans et un jour dans des services de psychiatrie pour adultes… » Par ailleurs, il reconnaît que du psychiatre à l’assistante sociale, en passant par l’éducateur spécialisé ou encore l’infirmière, « ils comptent tous autant dans l’impact sur la santé des enfants ». « J’avais envie de faire un livre utile », conclut Mathieu Persan. D’où ses droits d’auteur intégralement reversés à des associations engagées en faveur de la santé mentale des jeunes, « en particulier les petites structures qui travaillent souvent dans l’ombre ».
« Le Passage », de Mathieu Persan – éditions Hachette – 256 pages – 19,95€