OPHÉLIE, L’ÉQUILIBRISTE

« Je suis juriste et, chaque jour, ma priorité consiste à appliquer la réglementation du droit de la santé, sans perdre de vue l’identité et le savoir-faire des professionnels de l’Union pour la défense de la santé mentale (UDSM) ». Directrice qualité, gestion des risques et développement au sein de cette association, Ophélie recherche sans cesse le bon équilibre pour « garantir le respect des droits, des libertés et des bonnes conditions d’accueil des personnes accompagnées dans les établissements de l’UDSM ». À cela s’ajoute la mission d’aider ces établissements à « mettre en place des projets pour développer l’association », que ce soit par la création de places supplémentaires, l’ouverture à de nouveaux publics ou encore l’instauration de nouvelles activités… bref, tout ce qui contribue à l’ossature du positionnement stratégique de l’UDSM. Un travail de fourmi. Une tâche délicate, où l’écoute et la compréhension de chacun sont des clés. « Car la réalité de terrain évolue tous les jours », souligne Ophélie. Elle parle aussi de « quête de sens », « de partage » et d’« intelligence émotionnelle » : les ingrédients d’une aventure, humaine avant tout.
« Je passe 70% de mon temps sur le terrain… »
Ophélie a obtenu un master en droit du travail, puis un second master en droit de la santé à Bordeaux. La suite ? Une année à l’École des hautes études en santé publique (EHESP), à Rennes, pour se spécialiser en directions des établissements de santé et médico-sociaux. Un master réalisé en alternance à l’UDSM. Si bien qu’elle connaissait les horaires de TGV Paris-Rennes par cœur. « Je passais deux jours à l’école et trois jours au siège de l’association », se souvient-elle. C’était en 2020. L’année du Covid. Résultat : « Durant les périodes de confinement, je travaillais les cours de l’EHESP et je participais à la gestion des risques à l’UDSM, le tout depuis chez moi. » Une agilité doublée d’une réactivité qui la démarquent et la font remarquer. En septembre 2020, l’UDSM – association qui fait l’objet du mémoire de fin d’études d’Ophélie – lui confie le poste de chargée de mission qualité et gestion des risques. « C’était mon premier CDI », livre la juriste. Deux ans plus tard, elle devient responsable qualité, puis, en 2023, son « service » se transforme en « direction ». Une progression qu’Ophélie perçoit aujourd’hui comme « très challengeante ». « On m’a accordé beaucoup de confiance », dit-elle sans pour autant se reposer sur ses lauriers. « J’apprends encore beaucoup sur le terrain, dans les établissements – où je passe 70% de mon temps –, auprès des directeurs, des médecins, des secrétaires, des éducateurs, des psychologues… autant de professionnels engagés, passionnés et passionnants à rencontrer. Mon travail consiste à comprendre leur quotidien, appréhender leurs besoins et trouver des solutions sur mesure, dans le respect de la loi, mais sans entraver la qualité de la prise en charge des patients et des usagers. Je suis une sorte d’interface, une facilitatrice, je crée du lien entre le siège de l’UDSM et les établissements. Pas une seule journée ne se ressemble et c’est tant mieux, car je ne suis pas faite pour recommencer les mêmes choses tous les jours. »
« La légitimité s’acquiert par le travail »
« Je suis arrivée à 24 ans à l’UDSM et je me suis demandé si mon intégration allait être compliquée, vu mon jeune âge », se souvient Ophélie. Avec le recul, elle minimise la problématique : « En fait, tout s’est bien passé à partir du moment où je me suis intéressée au travail des professionnels, tout en œuvrant au service de chaque établissement. La légitimité s’acquiert par le travail, j’en suis convaincue. » Aujourd’hui, son équipe se compose de trois personnes, dont une collaboratrice, juriste comme elle. « Je l’ai recrutée et, en entretien d’embauche, j’ai vérifié que nous partagions des valeurs identiques, à savoir la confiance, la loyauté, le respect et l’esprit d’équipe. C’était le cas. Je suis très bien entourée. » Lorsqu’on lui demande ce qu’elle fait dans la vie, Ophélie explique : « Je suis juriste dans le champ de la santé mentale et des addictions. » Une réponse qui fait mouche depuis que la santé mentale a été déclarée Grande Cause nationale 2025-2026 : « Désormais, au regard des autres, c’est devenu très valorisant de travailler dans ce secteur. Pour moi, ça l’a toujours été et ce d’autant que nous sommes tous potentiellement vulnérables… » Reste que les prises en charge proposées relèvent parfois du parcours du combattant et requièrent patience et endurance, alors que souvent il y a urgence. Si Ophélie avait une baguette magique, « j’allègerais la lourdeur des démarches administratives pour celles et ceux confrontés à un accompagnement dans le domaine de la santé mentale ». Et la pénurie de médecins, infirmières, assistantes sociales… ne fait qu’aggraver le processus. « J’aimerais que tout soit plus simple pour des personnes déjà en difficultés. »
« Ma priorité : créer des souvenirs avec tous ceux qui m’entourent »
« J’aime la vie ! » Ophélie le dit avec légèreté et l’assume avec le sourire. « Ma priorité, c’est de créer des souvenirs avec tous ceux qui m’entourent, la famille comme les amis. » Un cercle qu’elle ouvre volontiers à d’autres, lors des journées qu’elle consacre au Secours Populaire de Toulouse, où elle est bénévole plusieurs fois dans l’année. Autre de ses centres d’intérêt : la musique. Si elle sait jouer de l’accordéon, le piano est devenu son nouveau défi. « C’est indispensable de changer de contexte pour être bien dans mon poste. Il faut savoir se déconnecter et s’ouvrir au monde. » D’ailleurs, là, tout de suite, Ophélie s’apprête à « récupérer des colis de Noël dans un point relais, avant de filer à la danse… »