Cap Martinique 2026 : impressions de patients et paroles de soignants

Du 17 au 19 avril 2026, cinq patients et trois accompagnatrices* du foyer post-cure Émile Henri Cateland, à Saint-Maur-des-Fossés, ont séjourné dans le Morbihan. L’idée : rencontrer les deux skippers du bateau VaelMora – Bertrand Boré et Éric Chalaux -, engagé dans la course transatlantique Cap Martinique avec une grand-voile aux couleurs de l’Union pour la défense de la santé mentale (UDSM), association qui gère le foyer. Retour sur trois jours au bord de l’océan, rythmés par des échanges, des découvertes, des expériences, dont une virée en mer…

* une infirmière, un médecin psychiatre et la directrice-adjointe du pôle hébergement de l’UDSM

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« Ces trois jours dans le Morbihan s’inscrivaient dans le cadre d’un séjour thérapeutique. C’est-à-dire d’un projet sur indication médicale, adapté aux besoins des patients, avec des objectifs spécifiques complétant le panel de soins prodigués au foyer post-cure Émile Henri Cateland », explique Salima Khelifa, médecin psychiatre. D’habitude, ce sont les résidents et les soignants qui élaborent un projet thérapeutique. Cette fois-ci, la sortie a été proposée par les skippers du voilier VaelMora – Bertrand Boré et Éric Chalaux -, bateau engagé dans la course transatlantique Cap Martinique, avec une grand-voile aux couleurs de l’UDSM. « Il a donc fallu s’adapter au lieu – La Trinité-sur-Mer – et aux dates imposées par le départ de l’événement sportif », souligne le Dr Salima Khelifa. D’où un retour d’expérience en trois temps : la préparation du séjour, les journées dans le Morbihan et le retour dans le Val-de-Marne.

Trois jours ailleurs, cela se prépare

« La préparation en amont de ces trois jours à la mer, a nécessité plusieurs temps d’échanges entre professionnels, ainsi qu’avec les patients. Nous avons travaillé sur l’appréhension des uns, l’envie de partir des autres ou encore l’émulation de tous », détaille le Dr Salima Khelifa. À cela s’ajoute les préparatifs plus « pratiques », à l’instar de la gestion des traitements médicaux à emporter ou encore des valises à boucler en veillant à ce que les patients n’oublient rien…

Les cinq patients retenus pour le séjour morbihannais étaient tous volontaires. L’échappée a également été proposée à des patients pour lesquels cette prise de recul, ce voyage, pouvait avoir des répercussions positives sur leur état de santé. Enfin, concernant les trois accompagnatrices, l’équipe était composée d’une médecin psychiatre, d’une infirmière – Cathy Hauth – et de la directrice adjointe du pôle hébergement de l’UDSM – Sylvie Fradin -. Trois profils, trois regards, trois approches et une même envie de proposer aux cinq patients de « sortir d’un cadre » pour « vivre autre chose ».

Trois jours ailleurs, cela se vit

« Ce séjour a été l’occasion de sortir de la routine et de voir une autre ville », confie Ikram, patiente du foyer post-cure Émile Henri Cateland. Avis partagé par Sinthuja, ravie d’avoir participé à « une action ». Elle cite en exemple la visite du bateau, la découverte de ses équipements, ainsi que la rencontre avec les skippers Bertrand Boré et Éric Chalaux. Autant d’événements qui créent « un souvenir », dit-elle. « Les patients ont également pris le petit déjeuner à bord du VaelMora », souligne Sylvie Fradin. Un autre temps fort de partages et d’échanges. Un regret, peut-être : le départ de la course transatlantique a été reporté au 20 avril, à cause d’une météo capricieuse du côté du Portugal… Mais la déception a été gommée par la balade en bateau de tourisme jusqu’à l’île d’Arz, au large de Vannes. Vannes où patients et soignants étaient logés dans un hôtel posé sur la plage, face à la mer, à dix minutes du centre-ville. Un choix mûrement réfléchi, signale Sylvie Fradin, qui parle de « lieu paisible, comme sur une île ». « Parce que nous travaillons aussi sur le bien-être et parce que le contact avec la nature – à la fois réparatrice et thérapeutique – est important », complète le Dr Salima Khelifa.

Des entretiens patients-soignants ont également eu lieu durant les trois jours, séjour thérapeutique oblige. « Ils étaient menés dans un cadre informel tout en étant contenant et sécurisant », précise Salima Khelifa. La psychiatre ajoute : « Un travail sur l’autonomie et l’estime de soi a ainsi pu être réalisé, notamment sur la capacité à prendre un train seul ou à marcher seul dans la ville. » « Tout le monde se soutenait. Je retiens beaucoup d’émotion, du rire, de la bienveillance, de la cohérence, mais aussi de l’autodérision et de la légèreté », commente pour sa part Sylvie Fradin. « Nous étions une équipe », reprend Cathy Hauth. L’infirmière évoque « un séjour où la relation humaine passe au premier plan, où chacun retrouve ses ressources intérieures et se retrouve tout court ». Elle résume l’échappée comme « une mise en mouvement, telle la vague qui va et vient » et au sentiment de « se sentir vivant ».

Trois jours ailleurs, cela en dit beaucoup sur chacun

Pour le Dr Salima Khelifa, l’expérience morbihannaise a permis de « renforcer et nourrir la relation thérapeutique menée au foyer ». La psychiatre poursuit : « Ce temps a notamment apporté un nouvel éclairage sur le fonctionnement de chaque patient ». « À notre retour à Saint-Maur-des-Fossés, nous avons débriefé, explique Cathy Hauth. Car ce séjour a révélé des choses, voire des personnalités. Et ce d’autant que nous avons vu les résidents dans leur globalité – comportements alimentaires et nombre d’heures de sommeil compris -. Nous étions disponibles tous en même temps pour partager une émotion, expliquer un ressenti, observer où chacun en était dans son élan vital. » « Tout cela va nourrir le projet de soins, ainsi que l’accompagnement à mettre en place », conclut Salima Khelifa. La psychiatre ajoute : « Ce séjour thérapeutique a enrichi notre pratique professionnelle et, par voie de conséquence, il va renforcer la qualité de la prise en charge des patients. » Une belle échappée que les patients ne sont pas près d’oublier. La preuve : juste avant de quitter Vannes, ils l’ont baptisée « Le séjour au gré du vent et au soleil ».

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